Presse
Circulez, il y a à voir ! Parce que le contexte de production peut générer des fictions nouvelles, les Rencontres //02, plateforme des jeunes artistes européens, entendent court-circuiter les hiérarchies traditionnelles et placer l'échange au coeur de la formation. Compte rendu de la seconde édition. | ||
| « Echange », « rencontre », « processus », « expérimentation » : lieux communs du discours sur l’art contemporain dont regorge tout dossier de presse. Vidés de leurs contenus, brandis à tout va comme label de qualité artistique, ces mot agacent tant il sont galvaudés. La fréquence d’usage de ces notions n’a d’égale que la pénurie de moyens pour les mettre en œuvre. Autant d’abstractions qui font donc soupirer. Et sourire les cyniques. Qu’ils se déplacent pour voir la façon dont certains artistes tentent de leur redonner sens, non seulement dans les formes mais aussi dans le processus de production. A coup sûr, ils croiseront en chemin l’association Komm’n’act, qui vient de clore à Marseille la saison 2 de ses « Rencontres », une plateforme européenne supervisée par la comédienne Lou Colombani, qui entend réunir des jeunes artistes du spectacle vivant dans un même désir de circulation. Un désir souvent tué dans l’œuf par des institutions tournant inlassablement sur le même orbite et dont la galaxie n’admet encore que trop difficilement les jeunes corps étrangers. Sur la voie, peu lactée, de l’émergence, certaines initiatives ont certes coloré le paysage. Citons les Labomatic Theatre, impulsés par la Rose des Vents et la Ferme du Buisson ou le festival Présences à Strasbourg… Autant de belles percées dans un brouillard persistant, hélas trop peu nombreuses pour être effectives. Face à cette météo peu clémente, deux façons de battre en retraite : déplorer l’embargo ou enrayer, comme tente de le faire Lou Colombani, un système qui vise à « repérer les artistes prometteurs et diffuser leurs œuvres. A la vitalité des œuvres devrait répondre la vitalité des projets qui les portent. Il est urgent d’inventer d’autres vecteurs pour contrer l’entre-soi ». Les idées ? Celle, ingénieuse, d’inventer un festival scandé d’une année de résidence collective, et créer un système de relais entre les artistes présents d’une édition à l’autre. Marion Abeille, plasticienne, Geoffrey Coppini, metteur en scène et Paulo Guerreiro, performeur, se sont rencontrés sur l’édition 1 des Rencontres, ont travaillé une année durant sur un projet commun qu’ils viennent de présenter lors de l’édition 2. Far, far far away est la première forme hybride générée par la jeune plateforme, « un travail qui a décadré nos pratiques, explique Geoffrey Coppini. J’ai tendance, en tant que metteur en scène à tout vouloir prendre en charge. Une sorte d’archétype qui n’entend rien déléguer. Jamais je ne me serais autant déplacé qu’en me laissant contaminer par les univers de Marion et Paulo, et en inventant ensemble des manières de partager l’espace ». Une collaboration qui les amène aujourd’hui à constituer le comité artistique, noyau solide parti cette année défricher des projets slovènes, portugais, espagnols, suisses, allemands ou locaux, en privilégiant chaque fois l’envie d’échange des artistes. « Nous avons refusé de bons spectacles lorsque le projet nous semblait fonctionner en vase clos. » Curieusement, en dépit de l’hétérogénéité des formes et des démarches, deux fils rouges se sont entrecroisés pour tisser l’identité artistique de ces Rencontres //02 : celui thématique du corps social, qui innerve la quasi-totalité des projets, et celui, peut-être symptomatique de la création émergente, d’une mise à distance des savoirs faire. Ainsi des strip-teaseuses des Kisses Cause Trouble, qui ont soumis aux lois de la représentation théâtrale un show jusqu’alors donné dans le cocon enveloppant des cabarets. Ainsi de la performeuse suisse Doris Uhlich qui, à 30 ans, hisse son corps giron sur pointes classiques sous l’œil d’une étoile d’opéra. Ainsi du collectif slovène Via Negativa dont chacun des performeurs s’est présenté au travers d’une figure fondatrice de la scène contemporaine, actant ainsi d’une sensibilité vive aux palimpsestes et récritures. Ainsi encore de Benjomin Bodi, jeune pousse de la danse conceptuelle, qui choisit d’activer son protocole MU avec des non-danseurs. Dans un autre sillon, citons les entrelacs oxygénants du harpiste Eduardo Raon et les friandises musicales d’Inês Jacques entonnées au plus près du public. Un parti pris symbiotique qui tranche avec la superbe mise à distance du spectateur travaillée dans Subterrâneos do Corpo, un duo à l’énergie motrice minimale, soumis à un flux sonore continu, proposé par la jeune chorégraphe portugaise Ana Martins. Souci commun d’altération perceptive et même format en flirt avec l’installation plastique pour La chambre de Sue Ellen de Charles-Eric Petit : un bocal sonore avec une Sue Ellen en état d’ivresse pour tout contenant. Outre la présentation des travaux, les structures marseillaises partenaires du projet (Montevideo, les Bernardines, la Compagnie, la Malterie, et la librairie l’Histoire de l’œil) ont accueilli des temps d’échanges de paroles ou de pratiques comme les Regards Croisés (les artistes étaient invités à émettre un geste artistique à partir d’un même objet), et les Plateaux Ouverts : un échange de partition de travail « pour contrer les regards obliques que peuvent parfois se lancer des artistes aux recherches trop éloignées », explique Marion Abeille. « Benjamin Bodi et Ana Martins, que l’on a réuni sur un même plateau ouvert, avaient une forme de réticence à travailler ensemble. Et il y a eu un bel apprivoisement, qui a conduit Ana à tester l’outil de travail de Benjamin, lui-même amené à appréhender différemment son objet. » De ces rencontres In Vitro peuvent naître, ou pas, des projets communs. Sans doute l’enjeu primordial est-il de pouvoir se confronter. Pour se former. Reste à ce que le travail commun prime tout à fait sur la diffusion. Pour Lou Colombani, il ne s’agit pas de briller pour brûler aussitôt. Les partenariats se tissent peu à peu, loin de l’hystérie vindicative qui gèle toute rencontre avec les institutions. Une humilité sans doute primordiale pour choper des ailes sans les cramer. Prochaine rencontre prévue à Bruxelles en 2011, à l’ombre de projets en fleurs. >Les Rencontres //02 de l’association Komm’n’Act se sont déroulées à Marseille du 14 au 21 avril. Crédits photos : Une : Anna Martins (Photo D.R.) Article : The Kisses Cause Trouble (Photo : Manja). Eve Beauvallet | ||
La Provence du Mardi 13 avril 2009
L'Europe selon Komm'N'Act
C'est une sorte de plateforme imaginée par et pour des artistes européens en émergence. Désireux de se produire au gré de Rencontres qui leur ressemblent. Faites pour se réunir, proposer, chercher, trouver. Exister.
Ainsi, Lou Colombani, elle-même comédienne, est à l'origine de ce projet nomade à travers la ville, la région et l'Europe. Son association KOMM'N'ACT le porte avec ferveur. « C'est un projet qui a débuté à Aix en 2006, explique-t-elle. Pour sa 2ème édition, j'avais envie qu'il se déroule à Marseille dans des lieux en résonance : Minoterie, Montévidéo, Bernardines, librairie Histoire de l'œil, compagnie,. Ce n'est ni un espace de diffusion ni de laboratoire. »
Mais bien de rencontres entre les artistes, les arts et avec le public. « Ce projet fonctionne en deux temps, continue Lou. Un temps fort, qui est biennal (du 14 au 21 avril), où des artistes du spectacle vivant sont invités à montrer leur travail. Mais, ils peuvent aussi participer à des plateaux ouverts pour se rencontrer, à des moments de discussion avec le public et aux Regards croisés qui proposent de créer à partir du film Plan de Boris Nicot. Le 2eme temps se passe dans l'année intermédiaire / ce sont les résidences. Les créations qui en découlent peuvent être programmées l'année suivante. »
Ainsi, déjà, l'on découvrira, le 20 à la Minoterie, la performance Far Far Far Away de Marion Abeille, Geoffrey Coppani et Paulo Guerrerio, issue des premières Rencontres. Un objet encore en chantier que explore le thème Fusion et contradiction du corps social, qui sert de matériau commun à cette nouvelle édition. Celle-ci, concoctée par les trois artistes de Far Far Far Away ( le comité artistique évolue à chaque édition, sous l'œil complice de Lou Colombani), invite donc l'Autrichienne Doris Uhlich avec Spitz qui bouscule les codes de la danse classique, la Portugaise Ana Martins et son Subterraneos do Corpo qui vide le corps de ses connotations, Benjamin Bodi et sa TransMUtation étrange de l'ordre du happening, Charles-Eric Petit qui livre La chambre de Sue Ellen, projet off de Notre Dallas ( vu au Gyptis), le vrai spectacle osé (-16 ans) du collectif parisien The Kisses Cause Trouble, les Portugais Ines Jaques et Eduardo Raon dans un spectacle musical, et enfin le déroutant Four deaths de Via Negativa.
Par Annabelle Kempff
Ventilo 25 avril 2009
Tous les hommes s'appellent Dusty
Un moment de grâce et de légèreté avec la présence d'Inès Jaques et Eduardo Raon. Elle se tient debout dans une robe plissée de soie pourpre, les cheveux dessinés dans le souvenir d'une autre époque ; elle entame une conversation dans l'intimité d'un accent qui offre au français une suavité sans égal. Elle invite son partenaire à prononcer quelques mots, mais dans la blancheur de son costume de lin, il préfère choisir le silence et la pose de l'artiste, nous renvoyant aux attitudes de d'Errol Flynn. Inès Jaques et Eduardo Raon jouent le rôle du duo qui se connaît depuis trop longtemps et transforment la scène en un intérieur proche de la chambre à coucher, là où se disent les choses les plus secrètes. Par sa voix haut perchée, elle habite l'espace dans une infinie douceur et une sensualité à nous renverser. Par son mutisme et son doigté, il ressuscite la modernité de la harpe dans des élans proches du cinéma. Entre la reprise et la composition, entre le one man show et la pose, Elle n'est pas française, il n'est pas espagnol (Ela nao e francesa ele nao e espanhol en V.O.) nous touche à la manière d'une première fois. Une envie de monter sur scène et de les embrasser dans la discrétion d'une confession.
Dans un tout autre registre, le texte de Charles-Eric Petit, La chambre de Sue Ellen, nous emmène de l'autre côté du mur, à la rencontre d'une femme sans âge, là où le corps porte la jeunesse d'une silhouette et d'une identité marquée. Par le prisme de l'alcool, les mots courent sur un phrasé mélancolique et interrogent les angoisses d'une femme sur la question de l'homme. Elle semble se délecter de ces instants où, seule dans l'intimité de son intérieur, elle s'autorise à divaguer sur tous les possibles. Elle étire le temps du confort et de la chaleur d'un peignoir pour mieux comprendre ce qui ne va plus, ce qui serait possible et ce qui n'a jamais existé. La complexité de l'âme se perd et se retrouve dans un même instant, le jeu de la divagation, seule à l'écart de tout jugement. En plaçant le spectateur de l'autre côté d'une baie vitrée où l'acoustique lui est restituée par un casque, la compagnie L'Individu transforme ce que l'on ne peut attendre en une vision de l'ordre du rêve, un rapport voyeuriste où l'homme regarde, depuis le jardin, cette femme qu'il a longtemps désirée.
Texte et photo : Karim Grandi-Baupain
Ventilo du 12/04/09
La fraîcheur du printemps
Une semaine consacrée à la jeune création, c'est toujours une bonne nouvelle. Les Rencontres parallèles 02 annoncent une programmation placée sous le signe de l'échange, à la manière des cercles concentriques.
Les artistes bénéficient des plateaux, mis à leur disposition, pour donner une réalité à leurs envies et finaliser des projets en cours. Lou Colombani, comédienne et co-fondatrice de Last Cie avec Geoffrey Coppini, a lancé ces Rencontres en 2006 au Théâtre Vitez. Depuis, les ambitions ont pris de l'ampleur et l'idée d'une programmation sur plusieurs lieux ( Histoire de l'œil, Montévidéo, les Bernardines, la Minoterie et la compagnie,) donne de le consistance et une crédibilité à la jeune création sur Marseille et au-delà des frontières. Pour cette édition, des auteurs et des interprètes venus d'Autriche (Doris Ulrich) de Slovénie (Bojan Jablanovec) et du Portugal (Inès Jaques et Eduardo Raon, Ana Martins) jouent le jeu d'une résidence d'une semaine pour croiser leurs champs d'expression. Il en ressort une programmation aux investigations multiples – jazz, danse, texte, performance - , où la simplicité des moyens déployés résonné avec le décalé, l'importable et l'irrespectueux (...).
Texte et photo : Karim Grandi-Baupain
La Marseillaise du 13/04/09
KOMM'N'ACT, plate-forme toute en reliefs
« Plate-forme de jeunes artistes européens du spectacle vivant », le rendez-vous biennal KOMM'N'ACT (cf La Marseillaise du 7/4) proposera, à partir de demain et jusqu'au 21 avril, 8 spectacles ou performances (danse, théâtre, musique ou tout ça à la fois), mais aussi des débats, des expositions et des projections vidéo, choisis par un comité artistique issu de la précédente édition, qui s'était déroulée au théâtre Antoine Vitez à Aix : « ces Rencontres sont conçues par des artistes comme une plate-forme d'échanges, nous ne sommes pas une structure de diffusion ; tous les artistes sont présents sur la durée, et s'investissent bien au-delà de la seule représentation », précise Lou Colombani, coordinatrice de cette événement, marqué ce lundi par le vernissage de plusieurs propositions plastiques et vidéo à la compagnie.
Cannibale et souvenirs
Un lieu qui, avec librairie L'Histoire de l'œil, sera un « centre nerveux » de cette 2e édition, axée sur la thématique de Fusion et contradiction du corps social, avec un sous-titre l'interrogation « Est-il possible de créer du commun sans chercher ce que l'autre devienne soi » une question qui est au cœur des films qui seront projetés ce soir à 19h, puis diffusés en boucle, à commencer par Le di@ble en bouche, film d'animation réalisé par Frank Ternier à partir d'un projet théâtral – apprécié au Bernardines de Charles-Eric Petit, lui même inspiré par l'affaire du cannibale de Rothenburg, qui avait « ingéré » un jeune homme consentant contacté via le net.
Les espagnoles Alaitz Arenzana et et Maria Ibarretxe présenteront dans les mêmes conditions Lady Jibia, film qui, dans un espace-temps confus, « travaille sur une association rapide des corps qui apparaissent à l'écran », transformant l'espace en univers mental, tout comme l'allemand Pipo Tafel, déjà remarqué au sein de la formation chorégraphique « D.A.N.C.E », qui a filmé des Souvenirs entre rêve et réalité, au fil d'un escalier interminable ...
Tandis qu'à l'Histoire de l'œil se poursuivent les « Bulles d'artistes » lancées la semaine dernière et destinées à pénétrer les univers des différents artistes invités, avec notamment la diffusion du film Plan de Boris Nicot, point de départ à des Regards croisés présentés en fin de Rencontres à La Minoterie. Le théâtre de la Joliette sera également investi par les photographes Ophélie Koch et Elise Tamisier qui y proposeront des travaux récents, notamment, pour la seconde, un double tout d'horloge Sans sommeil dressant le portrait d'une ville, de jour et de nuit.
De la chair jusqu'à pointe
Plusieurs « portes d'entrée » dans les Rencontres qui s'ouvriront donc, côté plateau, demain à La Minoterie, avec Spitze (« bec » ou « pointe » en allemand). Un trio où la plantureuse chorégraphe et danseuse Doris Uhlich invite Harald Baluch et Susanne Kirnbauer, deux anciens solistes de l'Opera de Vienne, à examiner avec elle les codes du ballet classique, du port de tête jusqu'à la pointe en passant par ses représentations du corps et ses mondes imaginaires, pour « trouver la chair du ballet », explique l'autrichienne, qui ambitionne « d'extirper le pathos historiquement caractéristique du ballet sur pointe afin de l'assumer sur scène, tant dans un corps brindille que dans un corps gras, avec pour unique préoccupation d'entrer dans ce contact à la fois si humain et si codifié des danseurs classiques ».
Les Rencontres se poursuivront mercredi et jeudi avec deux spectacles enchaînés à partir de 19h30 sur le plateau des Bernardines : Subterraneos do corpo de la performeuse portugaise Ana Martins, qui pose deux corps comme objets d'art et masses organiques en mouvement constant, puis les Trans-MUtation de Benjamin Bodi qui, avec trois complices, explore une « écriture scripturale » du mouvement assez imprécise et prétexte à l'accident, baptisée MU ; une « expérience » qui sera déclinée, après ces deux propositions, vendredi 17 et lundi 20 à 19h, respectivement à la compagnie et à la Minoterie.
Sue Ellen et miss trashies
Parallèlement, ce mercredi, Charles-Eric Petit et Elisa Voisin installeront, mercredi et vendredi en trois « séances » la chambre d'une certaine Sue Ellen, au fond de la galerie L'Histoire de l'œil ; un « spin-off » de la pièce Notre Dallas présentée en janvier au théâtre Gyptis, qui focalise sur la pathétique ex-Miss Texas, héroïne d'une quasi tragédie dans sa relation à la bouteille, et à un certain JR … « Jouons à lui donner, le temps d'un spectacle, la chance d'effleurer le Panthéon du monde tragique », lance l'auteur et metteur en scène.
Autre moment fort de ces Rencontres, le Vrai spectacle que déverseront, jeudi et vendredi à La Minoterie, les cinq étonnantes « trasheuse » du collectif parisien The Kisses Cause Trouble. Des strip-teaseuses bien nommées – la Générale Inga Waffenkullo, Miss S. Purple, Wendy Babybitch, Ghoulina et Lady Satine Capone – qui promettent de « semer la zizanie dans ce monde pré-formaté où nous vivons, secouer et réveiller les consciences, ciblant avec prédilection la bêtise humaine, l'élite bien pensante et les excès de la religion, chambouler les idées reçues, explorer et exposer la normalité ». Vaste programme, réservé, on l'aura compris, aux plus de 16 ans …
Denis Bonneville.
Une semaine consacrée à la jeune création, c'est toujours une bonne nouvelle. Les Rencontres parallèles 02 annoncent une programmation placée sous le signe de l'échange, à la manière des cercles concentriques.
Les artistes bénéficient des plateaux, mis à leur disposition, pour donner une réalité à leurs envies et finaliser des projets en cours. Lou Colombani, comédienne et co-fondatrice de Last Cie avec Geoffrey Coppini, a lancé ces Rencontres en 2006 au Théâtre Vitez. Depuis, les ambitions ont pris de l'ampleur et l'idée d'une programmation sur plusieurs lieux ( Histoire de l'œil, Montévidéo, les Bernardines, la Minoterie et la compagnie,) donne de le consistance et une crédibilité à la jeune création sur Marseille et au-delà des frontières. Pour cette édition, des auteurs et des interprètes venus d'Autriche (Doris Ulrich) de Slovénie (Bojan Jablanovec) et du Portugal (Inès Jaques et Eduardo Raon, Ana Martins) jouent le jeu d'une résidence d'une semaine pour croiser leurs champs d'expression. Il en ressort une programmation aux investigations multiples – jazz, danse, texte, performance - , où la simplicité des moyens déployés résonné avec le décalé, l'importable et l'irrespectueux (...).
Texte et photo : Karim Grandi-Baupain
La Marseillaise du 13/04/09
KOMM'N'ACT, plate-forme toute en reliefs
« Plate-forme de jeunes artistes européens du spectacle vivant », le rendez-vous biennal KOMM'N'ACT (cf La Marseillaise du 7/4) proposera, à partir de demain et jusqu'au 21 avril, 8 spectacles ou performances (danse, théâtre, musique ou tout ça à la fois), mais aussi des débats, des expositions et des projections vidéo, choisis par un comité artistique issu de la précédente édition, qui s'était déroulée au théâtre Antoine Vitez à Aix : « ces Rencontres sont conçues par des artistes comme une plate-forme d'échanges, nous ne sommes pas une structure de diffusion ; tous les artistes sont présents sur la durée, et s'investissent bien au-delà de la seule représentation », précise Lou Colombani, coordinatrice de cette événement, marqué ce lundi par le vernissage de plusieurs propositions plastiques et vidéo à la compagnie.
Cannibale et souvenirs
Un lieu qui, avec librairie L'Histoire de l'œil, sera un « centre nerveux » de cette 2e édition, axée sur la thématique de Fusion et contradiction du corps social, avec un sous-titre l'interrogation « Est-il possible de créer du commun sans chercher ce que l'autre devienne soi » une question qui est au cœur des films qui seront projetés ce soir à 19h, puis diffusés en boucle, à commencer par Le di@ble en bouche, film d'animation réalisé par Frank Ternier à partir d'un projet théâtral – apprécié au Bernardines de Charles-Eric Petit, lui même inspiré par l'affaire du cannibale de Rothenburg, qui avait « ingéré » un jeune homme consentant contacté via le net.
Les espagnoles Alaitz Arenzana et et Maria Ibarretxe présenteront dans les mêmes conditions Lady Jibia, film qui, dans un espace-temps confus, « travaille sur une association rapide des corps qui apparaissent à l'écran », transformant l'espace en univers mental, tout comme l'allemand Pipo Tafel, déjà remarqué au sein de la formation chorégraphique « D.A.N.C.E », qui a filmé des Souvenirs entre rêve et réalité, au fil d'un escalier interminable ...
Tandis qu'à l'Histoire de l'œil se poursuivent les « Bulles d'artistes » lancées la semaine dernière et destinées à pénétrer les univers des différents artistes invités, avec notamment la diffusion du film Plan de Boris Nicot, point de départ à des Regards croisés présentés en fin de Rencontres à La Minoterie. Le théâtre de la Joliette sera également investi par les photographes Ophélie Koch et Elise Tamisier qui y proposeront des travaux récents, notamment, pour la seconde, un double tout d'horloge Sans sommeil dressant le portrait d'une ville, de jour et de nuit.
De la chair jusqu'à pointe
Plusieurs « portes d'entrée » dans les Rencontres qui s'ouvriront donc, côté plateau, demain à La Minoterie, avec Spitze (« bec » ou « pointe » en allemand). Un trio où la plantureuse chorégraphe et danseuse Doris Uhlich invite Harald Baluch et Susanne Kirnbauer, deux anciens solistes de l'Opera de Vienne, à examiner avec elle les codes du ballet classique, du port de tête jusqu'à la pointe en passant par ses représentations du corps et ses mondes imaginaires, pour « trouver la chair du ballet », explique l'autrichienne, qui ambitionne « d'extirper le pathos historiquement caractéristique du ballet sur pointe afin de l'assumer sur scène, tant dans un corps brindille que dans un corps gras, avec pour unique préoccupation d'entrer dans ce contact à la fois si humain et si codifié des danseurs classiques ».
Les Rencontres se poursuivront mercredi et jeudi avec deux spectacles enchaînés à partir de 19h30 sur le plateau des Bernardines : Subterraneos do corpo de la performeuse portugaise Ana Martins, qui pose deux corps comme objets d'art et masses organiques en mouvement constant, puis les Trans-MUtation de Benjamin Bodi qui, avec trois complices, explore une « écriture scripturale » du mouvement assez imprécise et prétexte à l'accident, baptisée MU ; une « expérience » qui sera déclinée, après ces deux propositions, vendredi 17 et lundi 20 à 19h, respectivement à la compagnie et à la Minoterie.
Sue Ellen et miss trashies
Parallèlement, ce mercredi, Charles-Eric Petit et Elisa Voisin installeront, mercredi et vendredi en trois « séances » la chambre d'une certaine Sue Ellen, au fond de la galerie L'Histoire de l'œil ; un « spin-off » de la pièce Notre Dallas présentée en janvier au théâtre Gyptis, qui focalise sur la pathétique ex-Miss Texas, héroïne d'une quasi tragédie dans sa relation à la bouteille, et à un certain JR … « Jouons à lui donner, le temps d'un spectacle, la chance d'effleurer le Panthéon du monde tragique », lance l'auteur et metteur en scène.
Autre moment fort de ces Rencontres, le Vrai spectacle que déverseront, jeudi et vendredi à La Minoterie, les cinq étonnantes « trasheuse » du collectif parisien The Kisses Cause Trouble. Des strip-teaseuses bien nommées – la Générale Inga Waffenkullo, Miss S. Purple, Wendy Babybitch, Ghoulina et Lady Satine Capone – qui promettent de « semer la zizanie dans ce monde pré-formaté où nous vivons, secouer et réveiller les consciences, ciblant avec prédilection la bêtise humaine, l'élite bien pensante et les excès de la religion, chambouler les idées reçues, explorer et exposer la normalité ». Vaste programme, réservé, on l'aura compris, aux plus de 16 ans …
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